Chapitre 4

Chapitre 4

#carviwriter

#Lautre_coté_de_lamour

 

Je travaille maintenant à BMP. Elle est très grande entreprise, juste extraordinaire. En plus d’être très connue et de pouvoir faire une bonne étoile sur mon CV, elle voyait aller et venir les sociétés les plus importantes du pays et même du monde. Ce sont de gros clients qui paient des centaines de millions rien que pour se faire faire une étude financière. BMP brasse énormément d’argent alors je me demande pourquoi je devais gagner cent milles par mois. Mais en même temps je me dis que si tout le monde gagnait des millions par mois, l’entreprise n’en serait pas là où elle est en ce moment. BMP n’est pas la seule entreprise dans le domaine, elle subit une forte concurrence. C’est pour cette raison que la pression y est toujours à son maximum. Le jour de l’entretien, la directrice des ressources humaines m’avait dit : « Madame Bâ, BMP regorge d’opportunités de toutes sortes. Il y a ici ce qu’on appelle le second étage et vous vous êtes au premier étage. Si vous voulez profiter de ce que cette entreprise a à offrir, il va falloir que vous vous fassiez remarquer par le second étage. Le comment ne nous intéresse pas, fais-toi juste remarquer». Elle avait dit ça d’une seule traite sans respirer comme un enfant qui récite une leçon. D’ailleurs, j’ai remarqué dès le premier jour de travail que les gens respirent difficilement et courent dans tous les sens. On aurait dit des robots. Ils sont stressés. Nous les stagiaires, travaillons tous dans une même salle. La première journée, j’étais obnubilée par la manière dont les gens s’habillent ici : trop bien. On croirait que leurs habits sortaient tout droit des magazines de mode italienne. Même si c’était des contrefaçons, je les trouvais très cher quand certaines des stagiaires se disaient les prix de leurs articles. Je me suis longtemps demandé comment elles font pour se payer ces choses-là avec les salaires de misère qu’on avait. Moi, je sors ce que je donne à ma mère et mon père, je sors les dépenses concernant mon transport ainsi que mon déjeuner et je n’ai plus rien à m’offrir. Je me rends compte qu’il vaut mieux travailler pour soi que de se tuer à la tâche pour des bosses qui ne foutent rien à part donner des ordres. Quel que soit la quantité d’efforts fournit pour abattre le mouton, le boss se taille toujours la plus belle part, une fois que le sale boulot est fait. Quand j’ai commencé, j’avais l’impression de ne rien faire mais au fil des jours le travail s’accumulait et je ne savais plus à quel saint me vouer. Malgré le stress, je me suis faite une amie. Elle s’appelle Jenny. Elle avait un an d’expérience de plus que moi et anticipait toutes mes questions.

 

  • Madame Hadid avait raison quand elle t’a parlé des opportunités. Ce qu’elle a oublié de te dire c’est qu’il faut vendre son âme au diable pour y arriver
  • Comment ça vendre son âme pour avoir des opportunités ?
  • Tu comprendras ma chère, tu comprendras !

Je l’avais pris au mot. A la fin, je me suis dit : « Mais pourquoi chercher à avoir autant de privilèges, de toutes façons, je reste juste le temps de trouver mieux que ça ». C’est ce que je disais à qui voulait l’entendre mais le travail devenait de plus en plus stressant. Un vendredi après-midi vers 17 heures, Pauline, l’adjointe du directeur chargé de la finance posa sur mon bureau un dossier comptable à revoir avant 18h, l’heure de la descente. Le dossier était trop volumineux pour que je puisse le parcourir en une heure. Et le pire, c’est que je ne pouvais riposter étant donné que cette adjointe était la voie vers tous les licenciements de notre section. Elle a fait plus d’une victime et si je ne fais pas gaffe, je serais la prochaine sur sa liste. J’étais sur les nerfs, il fallait que je garde mon poste encore un moment après le stage, juste le temps de trouver mieux alors je suis restée calme. Le comble, il y avait une erreur au niveau du tableau comptable. J’ai signalé cette erreur, au moment d’envoyer mon travail, en envoyant un mail à l’adjointe et prenant bien le soin de mettre en copie le directeur en question, faute de quoi, elle pourrait raconter que j’y ai volontairement mis des erreurs. C’était une bataille psychologique entre moi et elle. Tout le temps. Il fallait absolument que je me batte pour garder ma place dans l’entreprise, le temps d’avoir mieux. Voyant que professionnellement, je lui ferais tête jusqu’au bout, elle me cherche noise, me donnant des tâches fastidieuses en fin de journée, juste pour m’emmerder. Elle le fait presque tous les jours. Et ce vendredi soir, là, j’ai pété un câble. Pas sur elle mais sur ma copine Jenny. Ok, je n’aurais pas dû déverser toute ma colère sur elle, mais on ne sait jamais ce qu’on est capable de faire quand on est sur les nerfs contre quelqu’un. Surtout quand on y peut rien.

  • Nancy, peux-tu me passer le stylo là s’il te plait ?
  • Nancyyyy, s’il te plaît !!
  • Attends un peuuu

Après un long moment, je ne répondais toujours pas alors j’ai vu Jenny se lever de son poste et venir prendre le stylo sur ma table. Elle n’avait pas de matériel didactique. Je n’ai jamais compris pourquoi elle n’en gardait jamais.

  • Mais achètes-toi un stylo au lieu de m’en emprunter tout le temps ?!
  • Qu’est ce qui t’arrive Nancy, pourquoi t’es si tendu
  • Mais oui, si vous pouvez vous acheter des fringues aussi chère alors les petits stylos de cent francs doivent vous être faciles non…Aaagh !
  • Nancy, c’est moi Jenny, je ne suis pas une autre moi, je suis jenny !!!
  • Toi ou les autres c’est pareil de toute façon
  • ..Ok, c’est compris, dit-elle avant de se retourner et d’aller s’asseoir tranquillement

Les autres stagiaires nous ont observés d’un regard narquois. Elles étaient contentes que je me fâche contre Jenny. Depuis le début elles étaient snob et chichis, ne voulant m’adresser la parole. La moindre question que je leur posais était sans réponse convaincante. Jenny a été transférée à notre département, une semaine après mon arrivée. Elle avait plus d’expériences que les autres, elle était plus belle, plus raffinée, plus compétente et par-dessus tout, cela ne l’a jamais empêché d’être humble et ouverte. Elle m’a adressée la parole en premier et s’est montré très attentive aux questions alors j’en ai fait une amie. Normal que ça ne plaise pas aux autres plein de chichis et normale qu’elles soient contentes de nous voir nous chamailler ainsi. Jenny est rentrée ce jour-là sans m’attendre, elle a aussi été silencieuse jusqu’à la descente et ce n’était pas son genre. Mais j’étais trop concentrée sur le travail pour m’en rendre compte. Cerise sur le gâteau, une fois à la maison, Fall me fit une scène. J’avais fini le travail à 19h30 et avec les embouteillages, je suis arrivée un peu tard à la maison…

 

  • Je ne comprends pas Nancy, je ne peux comprendre pourquoi pour un simple stage, tu rentres si tard ! 21h tu te rends compte ??
  • Je suis désolée…on m’a donné un travail qui m’a pris beaucoup de temps, en plus…
  • Mais je m’en fou de ton travail, Je t’avais bien dit de ne pas le faire, non seulement, tu m’as désobéi mais tu te permets maintenant de venir à cette heure-ci ? Après, ce sera quoi ? Et la cuisine, tu as oublié que tu devais cuisiner ?
  • Mais je l’ai déjà faite la cuisine depuis hier, je vais juste réchauffer…
  • Pff, du réchauffé, mais je suis ton mari bon sang !! Je mérite mieux que du réchauffé moi !

Je ne l’avais jamais vu aussi fâché depuis que je le connais. Il s’est défoulé sur moi ce jour-là et est allé se coucher dans le salon.

Le lendemain, samedi, je sortais de la maison, déprimée, pour aller voir  Katia, celle vers qui je me tourne quand rien ne tourne.

 

  • Katia, ce job devient de plus en plus prenant, je ne cesse de me donner corps et âme pour cette histoire, je viens tout juste de péter un câble avec Jenny, tu te rends compte ?!
  • Je suis sûre que t’es juste stressée mais il faut faire du sport, c’est très bénéfique dans ces cas là
  • Ah Katia depuis que tu fais du sport, tu ne parles plus que de ça ? Mais qu’est ce qui te rend aussi enthousiasmée ? Jenny ! C’est la seule qui ai daigné me parlé dans ce monde de vipère friands d-de…je ne sais quoi là ! Et Fall m’a savonné comme pas possible hier ! Je ne l’ai pas reconnu ! Katia, tu m’écoutes ?
  • Nancy, calme toi et essaie de te rabibocher avec ton amie, ça va aller tout début est difficile et Fall va se calmer aussi, calmez-vous !
  • Bientôt je terminerais mes trois mois et je ne sais même pas si je vais pouvoir tenir jusqu’à la fin, je ne sais même pas si je pourrais avoir un travail bien sécurisé après ça
  • Nancy, j’ai confiance en toi, tu es une battante et tu vas y arriver mais je vais te conseiller de ne pas trop espérer car ce n’est pas aussi facilement que cela se passe dans le milieu professionnel du pays, en général il te promette un job mais c’est pour te reconduire ton stage, il va falloir être très patiente, en tout cas, je te le recommande
  • Pffff ! Comme si ce n’était pas suffisant ce que je vis en ce moment
  • Ma chère, il ne faut pas commencer à te décourager à moins de 3 mois de présence dans le milieu professionnel, où est passé la fille courageuse qui me disait de ne jamais baisser les bras dans mon ménage
  • En parlant de ça, comment ça se passe avec Manel ? ça s’améliore ?
  • Haha Monsieur commence à se poser des questions, maintenant, c’est lui qui me demande ce que je fais et pourquoi je suis distante, en tout cas Merci ma chère de m’avoir permis de le changer mais maintenant c’est moi qui change
  • Comment ça tu changes ?
  • Après ce qu’il m’a fait, les nuits où il a découché, ses relations avec les filles, je ne crois pas que je pourrais faire comme si de rien était…j’essaie…Je ne sais pas si j’y parviendrais mais en tout cas Manel est aimant plus que jamais alors, je vais en profiter au max et me faire chouchouter
  • Haha, petite maligne va ! En tout cas moi je t’envie ! Pas de prise de tête avec toi !

 

 

Katia avait raison. Une fois les trois mois terminés, mon stage a été reconduit pour la même durée et le même paiement mensuel. Pour couronner le tout, je me retrouvais dans une entreprise, l’une des plus connues du pays mais aussi une entreprise où les conditions de travail sont les pires. Je vais diviser cette entreprise en trois différentes classes, ce que j’appelle les « classes sociales », bien placées au niveau d’une pyramide. Il y a les « bourgeois » constitués des grands bosses de l’entreprise qui ne font rien pour l’entreprise en fait mais qui gagnent tout ce qu’il y a à gagner comme retours financiers. Ensuite, vient la classe moyenne composée des petits cadres qui se prennent pour des bosses mais qui ne le sont pas. Ils gagnent plus ou moins bien leur vie, ce n’est pas très important, en tout cas pas à mon avis, mais ils en sont très fiers de ce qu’ils sont et souvent des lèche-botte. Enfin, vient la classe ouvrière que peuplent les gens comme moi. Les stagiaires, les bénévoles, les petits assistants, les chauffeurs, les domestiques.

Ç’aurais été réconfortant que mon mari me soutienne aussi et m’épaule dans ces durs moment-là mais rien. Il serait content si je lui disais que j’avais reconduit mon stage et que je gagnais toujours la même chose. Lui, il n’avait pas connu ce genre de galère. Il a fait ses études à l’étranger. C’est durant son stage de fin de formation qu’un poste lui avait été réservé. Il a fait deux ans dans cette boîte avec un très bon salaire avant de rentrer au pays. Il ne savait pas ce que nous autres devions endurer pour arriver à un niveau supérieur. Des fois, je m’enferme dans les toilettes et pleure toutes mes larmes. La seule personne que je pouvais voir et à qui je pouvais parler tous les jours était Jenny ma collègue et amie, je l’avais rabrouée et il me fallait me faire pardonner. Je sais qu’elle m’en voulait de lui avoir parlé ainsi. Un message ? Un mail ? Un appel, je ne savais quel moyen utiliser pour lui parler. J’ai finalement trouvé. J’ai acheté un paquet de gâteau, une forêt noire qu’elle adorait par-dessus tout. Je l’ai déposé sur son bureau et joignait mes deux mains comme pour saluer et lui disait d’un air timide : « Pardonne-moi ! ». La façon dont elle m’a souri témoigne du cœur léger qu’elle a. Elle avait accepté mes excuses. « Viens là » me dit-elle en ouvrant grand ses bras pour me faire l’accolade. Je ne sais pas ce que je ferais sans jenny à BMP.

 

 

Plus tard, Jenny et moi déjeunions tranquillement en face de l’entreprise. Inutile pour nous d’essayer de côtoyer les bosses dans l’entreprise en allant nous installer dans le restaurant de BMP. Notre argent en ferait les frais et en plus, on se ferait dévisager par les supérieurs, surtout par la dame Hadid qui me sortait par les yeux. Alors nous sommes allées nous installer au resto en face à petit prix et bon pour la classe ouvrière que nous représentions.

 

  • tu sais, je ne vais pas te cacher les choses, quand tu as réagis comme ça, je me suis dit ‘Oh encore une personne de plus sur la liste rouge’, je ne pourrais plus jamais la sauver, mais j’avoue que ton comportement de ce matin me donne une petite lueur d’espoir
  • Oh ! De quelle liste rouge tu parles ?
  • Je t’explique, tu n’es pas sans savoir que nous sommes dans une entreprise qui regorgent de tas d’opportunités. Eh bien, il faut donner pour recevoir ! ces opportunités ne sont pas gratuites
  • Bien évidemment, on n’obtient rien sans rien
  • Oui mais ce que je veux dire, c’est qu’ici, en plus de travailler, tu te rendras compte vraiment de ton évolution, quand tu verras ta vie sociale et familiale en cendre
  • Comment ça ? tu racontes n’importe quoi !!
  • Tu verras au fil du temps, observes bien ceux qui sont autour de toi, ce sont les gens les plus socialement dévastés qui sont les mieux gradés ici, en dehors du travail, ils n’ont absolument rien
  • Tu veux dire que toi tu n’as pas autant d’ambitions
  • J’en ai mais entre cette ambition et les gens que j’aime, je préfère de loin le deuxième groupe
  • De toute façon, moi, je ne suis pas intéressée par tout ça, je reste juste le temps de trouver mieux que ça
  • Si tu le dis…

On pourrait se demander comment une fille comme jenny peut sembler si peu ambitieuse. Mais ce n’est pas le cas, moi je dirais juste qu’elle est modérée. Ce n’est pas pour rien qu’elle est comme ça. Son histoire en est la raison. Un jour, je lui demandais : « Jenny, excuses-moi du terme mais pourquoi tu ne cherches pas à aller loin dans ta vie professionnelle, je ne sais comment te le dire…je ne sais pas moi…je ne t’ai jamais vu exprimer une quelconque envie d’aller plus loin». «Je comprends !» me répondis-t-elle. Cela m’a surpris de l’entendre me dire ça. Elle continua en ces termes :

  • quand je vois ce que l’ambition a fait à ma famille, je ne peux que reculer devant tout ceci
  • Ce que l’ambition à fait à ta famille ? Comment ?
  • Normalement, je ne devais travailler pour aucune entreprise, il y a déjà tout ça dans ma famille
  • Oh…désolée…
  • Ne sois pas désolé…Eh oui ! Normalement je ne devrais pas être là mais c’est l’excès d’ambitions qui m’a mené ici

Et elle se lançait dans une longue histoire de pouvoir, d’argent et de cupidité.

 

 

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