Chapitre 2

Chapitre 2

C’était l’homme de la buvette. Il avait le teint ni trop clair, ni trop foncé, les yeux naturellement plissés au niveau des coins, le visage un peu rond avec une barbe en forme de O. Il était très chevelu aussi. Son élégance poussait à se demander ce qu’il faisait dans une buvette en face de l’université. Mais quelquefois les apparences ne sont pas ce qu’elles sont. Il a peut-être ses raisons.

Il sourit lorsqu’il vit les deux jeunes filles se retourner vers lui. Il sentit l’atmosphère tendu et leur dit d’un ton amical : « Bonjour Mesdemoiselles, je m’appelle Khalil, et vous ?».  Voyant l’air interloqué des filles, il essaya une nouvelle tentative : « Je ne voulais pas vous importuner mais je suis venu voir quelqu’un ici, il s’appelle Abdoulaye Fall, il est ici même en troisième année en informatique, il est de taille moyenne, tout noir et très musclé». Les filles étant toujours sous le coup de la surprise, il ne s’arrêta pas : « En fait, il passe son examen de fin d’année aujourd’hui même, on devait se voir à la buvette mais il n’a pas fait signe depuis et je ne parviens pas à la joindre alors peut être que vous le connaissez… ».

  • Suivez nous, il est là, lui répondit Sally

Aicha lui fit un signe, la tirant par la chemise pour lui demander pourquoi elle accepte de lui montrer. Sally lui chuchota que c’était trop tard de toute façon.

Ils arrivèrent tous ensemble dans la salle et l’homme les remercia avant de faire signe à Abdoulaye. Ce dernier sortit de la salle fermant derrière lui la porte.

Sally et Aicha se demandaient ce que pouvait faire cet homme mystérieux ici et quelles sont ses relations avec leur camarade. Mais très vite ils l’oublièrent et vaquèrent à leurs occupations d’étudiantes.

La vie a suivi son cours. Les examens se sont bien passés, les résultats ont été très bons. Aicha et Sally, s’en sont bien sorties. Aicha a eu de meilleurs notes. Elle a été très calme durant les examens mêmes si des fois après certaines épreuves, les autres lui ont dit qu’elle avait tout faux et qu’elle n’aurait pas de bonnes notes. Elle a gardé son calme et son positivisme légendaire et a répondu : « Je ne fais pas de commentaires après une épreuve, ce qui est fait est déjà fait, les dés sont jetés ». Comme d’habitude, elle a donné tout ce qu’elle avait et est restée positive. Cela a payé. Trois élèves doivent reprendre les épreuves à la fin de l’année. Deux vont malheureusement reprendre l’année. Il parait qu’ils étaient la pire promotion en informatique que l’école ait eue depuis trois ans. La barre a longtemps été maintenue très haute.

Peu de temps après les examens, Abdoulaye appela Aicha pour l’inviter à un dîner. Elle n’avait jusque là que des relations cordiales avec lui. En dehors de quelques discussions sur les cours, leurs conversations se limitaient au strict minimum.  Alors c’était étonnant qu’il fasse ce genre de demande.

  • Allo Aicha…
  • .Allo
  • Comment tu vas ?
  • Euh…bien merci…et toi ?
  • Ça va super bien de mon côté
  • Ok…
  • Aicha, je me disais que puisqu’on a pu passer nos examens, ce serait bien de faire un dîner, tous ensemble pour fêter cela et…
  • Tous ensemble ? c’est qui « tous »
  • Haha, « tous », c’est tout le monde, c’est toi, c’est moi…
  • Toi et moi ?!
  • Haha tu es vraiment drôle toi, je m’en doutais bien
  • Ecoutes Abdoulaye, je me vois obligée de décliner ton invitation, désolée !
  • Non non non, Aicha écoutes moi, c’est…
  • Clic

« Mais il se prend pour qui celui-là ? » dit-elle en posant son téléphone sur le fauteuil sur lequel elle était assise. C’est ce qu’elle dit toujours quand le gars ne lui plaît pas et qu’elle ne veut pas d’ambiguïté.

Quinze minutes plus tard, son téléphone sonnait à nouveau :

  • Allo ?
  • Allo Sally, quoi de neuf ?
  • Tu ne changeras jamais !
  • Quoi ?
  • C’est parce qu’il ne te plaît pas que tu lui as raccroché au nez ?
  • Qui ça ?…Abdoulaye ?? Il t’a dit ça ? En…

Et elle regarda sa montre.

  • En moins de dix minutes ?! c’est un vendu ce mec !! et pourquoi il t’appelle toi?
  • Hahaa, Aicha du calme !! Il voulait nous inviter à un dîner chez lui !
  • Qu…quoi ? Il a essayé avec moi, j’ai dit non, il nous invite toutes les deux ?
  • Aaargh, Aicha il n’y a pas que nous, d’autres élèves seront aussi invités !
  • Oh…ok…si c’est ça, alors…
  • Fofolle !! Allez ! je te rappelle plus tard !

Elle eut la honte de sa vie.  A force d’être courtisée très souvent, elle a commencé à devenir parano et à interpréter le moindre fait et geste de tout homme qui l’approche.

Le dîner était prévu pour le Samedi suivant, c’était serré et elle ne savait quoi se mettre. Le mercredi comme si l’administration de l’université était au courant de ses soucis, ils reçurent tous des messages leur disant d’aller récupérer le rappel de leur bourse d’une valeur de quatre-vingt mille francs.  Aicha n’en crut pas ses oreilles, tellement elle a attendu cette bourse qu’elle n’y croyait plus finalement. Cette fois, cela avait pris trop de temps.

Elle alla le plus rapidement possible  récupérer la somme. Elle trouva une file énorme devant les gaps. Il y avait apparemment des étudiants qui étaient plus pressés qu’elle et qui étaient plus dans l’urgence.

Elle attendit quand même, debout pendant une heure avant d’accéder enfin au gap et de pouvoir retirer son maigre revenu d’étudiante. Une fois, à la maison, elle remit la moitié à sa mère et appela Sally pour lui demander de l’accompagner l’après-midi au marché hebdomadaire s’acheter quelques habits.

  • Oui, à condition que tu me paies une glace après, répondit Sally
  • Est-ce que tu es vraiment mon amie ou es-tu simplement là par intérêt ?
  • Pff !! Tu sais bien que c’est par intérêt, petite sotte !! A tout à l’heure, je vais déjeuner !!

A 15 heures, les deux jeunes filles se retrouvent sur la plage, près de chez Aicha. De là, elles partirent au marché hebdomadaire où avec un budget de 10 000 francs, Aicha s’offrit plein de choses. C’est le type de marché idéal pour des étudiantes. Et chaque fois, qu’elles gagnaient de l’argent, elles y allaient et se faisaient plaisir avec une partie de leur revenu.

Le jour du dîner arriva et Aicha rejoignit Sally chez elle vers 19 heures.

  • T’as toujours pas finit toi ?
  • Ne me presses pas, je ne veux pas sortir froissée d’ici
  • Je suis sûre que cela fait une heure de temps que tu te maquilles et tu n’as pas encore fini, je le sais
  • Écoutes, sors de la chambre attends-moi au salon !!!
  • Nan ! je reste ici ! je veux regarder le spectacle !!
  • Quel spectacle ?
  • Toi, te coloriant le visage !
  • Ce n’est pas parce que tu ne te fais pas belle que les autres non plus
  • Je suis déjà belle, je n’y peux rien, si je mets du maquillage ça sera trop

 

Elles continuèrent ainsi à se taquiner jusqu’à ce que Sally finisse de se préparer puis elles sortirent toute pimpantes, tirées à quatre épingle et bien parfumées. Sally avait porté une robe noire lui arrivant juste après les genoux, elle avait noué ses cheveux en forme de chignon bien attaché au-dessus de sa tête avec une postiche en agrément. Sally avait énormément de goût mais adorait s’habiller sexy. Sa robe bien qu’assez longue était hyper décolletée sur le dos avec plein de lacets, on aurait dit un labyrinthe. Son maquillage, elle a pris une heure de temps à le faire et cela lui allait très bien. Elle avait tellement souffert pour ça, qu’elle calculait ses moindres «  gymnastiques faciales » pour ne pas gâter ce qu’elle avait mis tellement de temps à faire. Cela lui donnait un air très chichi. Ce qu’elle n’était pas. Sally était une fille extraordinaire, tellement serviable. Elle était drôle, mignonne, cash. Elle disait tout ce qu’elle avait dans le cœur, peu importait que cela fasse mal ou pas. Mais elle était bonne viveuse malgré ses maigres moyens, elle adorait tout ce qui était mondain et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour l’avoir. Elle faisait partie de ceux qui pensent que l’argent ne s’obtient pas forcément par le travail. C’était son défaut. Elle était matérialiste et vivait sa vie à fond car elle se disait jeune et belle. Elle vivait l’instant présent. On aurait pu se demander pourquoi elle était amie avec Aicha. Comme quoi, les contraires s’attirent.

Aicha était habillé  simplement avec les habits qu’elle avait achetés au marché hebdomadaire. Un débardeur noir transparent serti de strass avec par-dessus une veste noire en simili cuir aux manches courte, un jean bleu moulant et des ballerines noires. Elle avait des tresses en mèches courtes et le visage propre avec comme seul maquillage un gloss rose peu brillant, juste ce qu’il fallait pour ne pas avoir des lèvres sèches. Il est presque impossible de trouver une fille aussi simple qu’Aicha à l’université. Et l’ironie, c’est que malgré tout, elle se fait courtiser tout le temps. Elle se demande parfois pourquoi les femmes ont tant d’artifices puisque cela ne retient aucun homme.

Aicha acheta du jus dans la boutique. Elle dit que c’est pour s’excuser auprès de Abdoulaye pour lui avoir mal parlé l’autre fois. Cela fit rire Sally.

Arrivé au quartier à Hlm 5, elles l’appelèrent et il sortit les prendre. Une fois à la porte, juste avant d’entrer, Aicha lui remit avec beaucoup de gêne le paquet de jus :

  • Abdoulaye en fait, c’est pour m’excuser pour la fois passé, je n’aurais pas dû te parler comme ça,
  • Oooh Aicha, fallait pas, toi aussi ! dit-il la gênant encore plus

Il lui dit :

  • Allez viens là ! ouvrant grand les bras avec l’intention de lui faire l’accolade

Aicha, prise de court, ne compris rien à la situation. Voyant la tête qu’elle fit lorsqu’Abdoulaye lui fit l’accolade, Sally pouffa de rire. Aicha n’avait qu’une seule envie : s’enfuir rapidement et rentrer chez elle, tellement elle était gênée.

A part cet épisode particulièrement inconfortable, le repas se passa très bien,  il y avait cinq autres camarades d’Abdoulaye, tout ce beau monde a dîné dans une ambiance, joviale, bon enfant. Le plat était succulent, tout était parfait.  Khalil aussi était là. Il animait tout, racontait des blagues. Il s’était fait particulièrement beau, il déchirait tout. C’est là qu’Aicha et Sally apprirent qu’il était le frère aîné d’Abdoulaye. Rien ne le montre, ils n’ont pas de trait de ressemblance apparent. Khalil était grand et plutôt costaud tandis qu’Abdoulaye était de taille moyenne, gringalet.

Tout le monde taquinait Sally sur sa robe sexy, ses formes, son maquillage et elle adorait cela. Elle riait, faisait des manières. Cela exaspérait un peu Aicha.

« Arrêtes un peu tes manières »  lui dit-elle dans la foulée. Elle fit une grimace et continua à discuter avec tout le monde.

Aicha aussi s’est bien amusé. Sa tendance à participer à des activités sociales prit le dessus sur tout et elle voulut aider la mère et les sœurs d’Abdoulaye à débarrasser les plats, servir du jus.

Des gestes qu’elle jugeait insignifiants mais qui ne l’étaient pas pour certains.

Le temps passa très vite et tout le monde se rendit compte qu’il était presque minuit et qu’il était peut-être temps de rentrer.

Tout ce beau monde sortit de la maison, discutant et gesticulant et en les accompagnant, Khalil prit Abdoulaye en aparté et lui dit discrètement quelque chose.

 

Restez connectés pour voir la suite de cette histoire lundi à 11 heures piles !!

Allez voir les nouveaux auteurs de Carvi Writer sur le site www.carviwrite.com et restez à l’écoute pour le tome 2 de « l’autre côté de l’amour » dont la date de sortie vous sera très bientôt communiqué. Très bonne lecture !!!

 

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