Chapitre 11

Chapitre 11

A chacun de ces gestes, elle pensait à un moment du dîner. A chaque instant de sa journée, elle imaginait un mot de Jean, une de ses blagues, comment il le regardait. Elle était quand même bluffée qu’elle l’accepte ou non. Elle était rentrée tellement tard qu’elle se réveilla à midi pile et sa mère lui a encore offert une bonne dose de remontrances. Si seulement elle savait où avait passé la nuit sa fille.

Elle relisait ses cours et le visage de Jean faisait un flash dans sa tête. Elle se dit qu’elle devait peut être l’appeler pour prendre de ses nouvelles puis elle se ressaisit. Et comme s’il y avait une télépathie entre eux deux, Jean appela exactement à cet instant.

  • Salut ma chérie…
  • Arrêtes de m’appeler ma chérie !
  • Ah non maintenant tu l’es avec tout ce qui s’est passé hier soir

Elle eut chaud quand elle entendit cela. Elle savait exactement à quoi il faisait référence. Son cœur commençait à pencher un peu. Il essayait par tous les moyens de la conquérir et ses plans commençaient à avoir de l’effet. Aicha était une dure à cuire mais il savait qu’il suffisait juste qu’elle le voit souvent et il finirait par avoir ce qu’il voulait. La veille, il l’avait embrassé et elle n’avait pas refusé, elle s’est accrochée à son cou comme pour l’inciter à continuer puis elle s’était ressaisie avant de demander à  partir. Se basant sur ce nouveau pas en avant, Jean se dit qu’il finirait tôt ou tard par avoir ce qu’il voulait.

  • S’il te plait Jean, ne rends pas les choses plus compliquées qu’elles ne le sont déjà

Il ne perdit pas trop de temps sur ce débat et rebondit sur une question.

  • Alors on se revoit quand ?
  • On va se revoir ?
  • Ben, cela dépend de toi
  • Euh…je ne sais pas si je pourrais…
  • En fait t’as oublié quelque chose hier ici
  • Quoi ça ?
  • Ton écharpe !
  • Oh…

Elle ne sut si elle devait rire ou pleurer. La honte ! Non seulement, elle pensait à lui sans cesse mais elle avait passé une soirée tellement bonne qu’elle a oublié quelque chose chez lui.

La veille, Aicha avait attaché ses longs cheveux en forme de chignons bas. Elle avait vite enfilé, une robe noire à manches longues aux épaules découverte et avait mis par-dessus un gilet en jean bleu. Puis elle avait porté des chaussures nu-pied noir. Elle n’avait pas besoin de trop d’accessoires. Juste un minuscule sac noir à paillette accroché à son épaule et une écharpe avaient suffi.

Elle  n’avait pas prévu de dîner chez lui en fait, elle pensait que cela devait se faire quelque part dans un restaurant. Mais Jean avait d’autres plans. Arrivé chez Aicha, il lui dit : « J’ai oublié quelque chose chez moi, on y va juste quelques minutes et on part de là-bas». Arrivé là-bas,  il l’avait invité à entrer. Elle avait hésité un peu et avait finalement accepté d’entrer un moment avant de partir, il avait insisté lui disant qu’il faisait froid dehors et qu’elle devait l’attendre à l’intérieur le temps qu’il cherche ce qu’il avait oublié.

Elle fut surprise en entrant dans l’appartement, voyant le spectacle qui s’offrait à elle. Les lumières de la pièce étaient tamisées. L’appartement avait l’air d’un loft. Ça l’était en fait. Il suffisait de se placer  au milieu pour voir la chambre, la terrasse, la cuisine, le salon et la salle à manger. Un bel appartement avec un joli décor marocain. Des lanternes marocaines étaient placées un peu partout. A partir de ce moment elle commença à associer ces objets à Jean surtout quand il lui dit que chaque soir, il les allumait et que cela lui procurait un bien fou.  Désormais, toutes les fois qu’elle verrait ce type de lanterne, elle penserait à lui. Ce décor n’était rien devant la table à manger. On aurait cru une table du restaurant d’un hôtel. Il y avait tout d’abord une nappe rouge et au-dessus une plus petite blanche. Des plats étaient déjà disposés de part et d’autre de la table. Les cuillères, fourchettes, couteaux étaient déjà en place. On aurait dit qu’il avait sorti sa plus belle vaisselle. Aicha resta figée un bon moment devant cette mise en scène pendant environ une minute avant de se réveiller de sa torpeur se demandant pourquoi Jean faisait tout cela. Des questions se bousculèrent à cet instant dans sa tête. Avait-il fait ça pour elle ? le faisait-il tout le temps ? Habitait-il seul ? Jusqu’où était-il prêt à aller ? D’ailleurs faisait-il cela pour toutes les filles qu’il invite ? Etait-elle la seule fille qu’il invitait ?

Elle fut même étonnée de se poser autant de questions sur lui. Qu’est-ce qu’elle en avait à faire de toute façon ? Elle n’avait aucune intention envers lui. C’était beaucoup plus simple comme ça.

  • Hey, Mademoiselle, vous dormez, le taquina-t-il en la secouant un peu
  • C’est toi qui as fait tout ça ?
  • Quoi ça ? je ne vois pas de quoi vous parlez ! continua-t-il de rigoler
  • Enfin, sérieusement, t’as fait tout ça ?
  • Oui, rien que pour toi ma chérie !

Il lui tira la chaise lui demandant par-là de s’installer. Elle ne se fit pas prier. Elle était bouche bée devant tout ce qui se passait devant elle. Jean prit un briquet dans la cuisine et alluma les chandelles sur la table. Ah oui, il y avait les chandelles aussi. Elle ne les avait pas remarquées tellement elle était absorbée par l’ambiance. Elle se demandait ce qu’il ferait après qu’il aurait sorti le grand jeu. Peut-être, avait-il plus d’un tour dans son sac.

Ce qui était drôle c’est qu’il n’avait même pas eu besoin à aucun moment de lui dire qu’il n’avait rien oublié et que tout ceci n’était qu’un moyen de l’attirer chez lui. Elle a compris en entrant dans l’appartement.

Elle l’observait faire la navette entre la cuisine et la salle à manger, réchauffer et déposer les plats, sortir la boisson. Il avait vraiment tout planifié comme s’il attendait ce moment depuis des décennies.

Aicha n’avait pas jamais vu ça. Chez elle, jamais un homme ne servait une femme. C’étaient aux femmes de se démener dans la cuisine et de servir le repas. D’ailleurs, son frère a toujours reçu l’interdiction formelle de poser le pied dans la cuisine. Si cela lui prenait de le faire, il était chassé systématiquement à coup de pilon. Sa mère disait que : « la cuisine n’est pas un endroit pour l’homme»  et son père ponctuait en disant que « Si un homme veut perdre sa virilité, il devait passer son temps dans une cuisine ». Qu’en était-il des cuisiniers professionnels ? Son père avait fermement déclaré que son fils n’exercerait jamais ce métier. Il avait de ces idées, son père.

Le dîner était fin prêt, il y avait au menu des boulettes de poulet haché comme plat de résistance accompagné de frites et au dessert, du flan.

A sa première bouchée, Aicha ne se retint plus. Elle n’avait jamais goûté un plat aussi délicieux. Tout était équilibré. On sentait délicatement les épices à tous les niveaux du poulet. Il y avait tout autour des boulettes, une panure croustillante. C’était exquis. Tout ceci était sans compter le flan pâtissier qui était juste extraordinaire.

  • C’est vraiment très délicieux, finit-elle par dire, c’est un cordon bleu celui qui a cuisiné cela
  • C’est moi !
  • Quoi toi ?
  • C’est moi qui ai cuisiné cela
  • Ouaah ! c’est toi ? comment est-ce possible, s’étonnait elle, t’es incroyable ! où est ce que t’as appris tout ça
  • Je suis cuisinier de formation
  • Ooh ! Je ne m’attendais pas à ça, tu ne ressembles juste pas à un cuisinier
  • Et à quoi ressemblerait un cuisinier
  • Je ne sais pas, ça se saurait au premier regard
  • T’es vraiment drôle toi !

Après le dîner il débarrassa la table aidé par Aicha qui n’en revenait toujours pas. Ils terminèrent la soirée devant la télé sirotant leur verre de cocktail fait maison.

L’ambiance était agréable et le divan sur lequel ils étaient assis était tellement confortable. Il y eut un courant d’air et Jean se leva pour fermer la terrasse avant de prendre une couette dans sa chambre et de s’installer sur le divan  avec la couverture, juste ce qu’il fallait pour une soirée d’hiver, bien au chaud devant la télé. Il avait une tonne de DVD. Ils avaient choisi ensemble un film comique et se mirent à regarder tranquillement en rigolant ensemble de temps en temps. Voyant Aicha un peu crispé, il l’invita à entrer sous la couette. Elle le regarda bizarrement comme pour lui demander pour quelles raisons elle ferait cela.

« Allez viens ! Je ne vais pas te manger » lui dit-il en soulevant un pan de la couverture afin qu’elle s’y engouffre. Elle le fit hésitante, tout en maintenant une certaine distance entre eux. Cela le fit rigoler sous cape.

Elle se mit à découvrir Jean petit à petit, le voyant ailleurs que dans une boîte de nuit. Elle finit par se dire qu’elle l’a trop tôt jugé. Sa famille était de la région de Saint Louis. Lui, avait quitté après le bac pour s’installer à Dakar afin de suivre une formation. Il avait perdu une année car une fois arrivé sur place, il apprit qu’il n’était pas sur la liste dans laquelle il s’était inscrit à l’université. Il ne voulut pas perdre cette année et la passa à travailler dans un restaurant. C’est là que son destin prit un autre tournant. Il comprit qu’il était fait pour la cuisine. Il déposa sa candidature à une école de cuisine, passa quelques tests et obtint une bourse pour suivre la formation. Après ses études en cuisine, il ne trouva pas de boulot. Son ami Momo qui avait arrêté les études depuis un moment s’était associé avec quelqu’un d’autre pour ouvrir la boîte de nuit. Il fit appel à Jean pour l’aider dans tout ce qui a trait à la cuisine. Au début, il n’était là que pour ça mais de fil en aiguille, l’associé de Momo décida de vendre ses parts pour des raisons inconnues et Jean sauta sur l’occasion négociant un paiement par tranche. Lui et l’associé ne s’étaient jamais rencontrés. Momo était l’intermédiaire, entre les deux. Tout ce parcours lui a pris sept bonnes années de sa vie.

Aicha l’écoutait raconter son histoire et elle fut impressionnée par son récit.

Lui aussi commençait à la connaître un peu. Elle n’avait pas de parcours à raconter mais elle adorait parler de ses routines, de ce qu’elle aimait et ce qu’elle détestait, sa famille etc. Jean la trouvait mignonne quand elle parlait avec autant d’enthousiasme. A un moment donné, il plongea dans le vif de son sujet favori :

  • Aicha ?
  • Oui ?
  • As-tu réfléchi à ce que je t’ai dit ?
  • Quoi ?
  • Nous deux !
  • Euh…non…à vrai dire, je n’ai pas encore réfléchi
  • Je vais t’aider à le faire

Sur ce, il la tira vers lui sous la couette, lui prit la nuque et l’embrassa.

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Allez voir les nouveaux auteurs de Carvi Writer sur le site www.carviwrite.com et restez à l’écoute pour le tome 2 de « l’autre côté de l’amour » dont la date de sortie vous sera très bientôt communiqué. Très bonne lecture !!!

 

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