Le cortège

Le cortège

 

Intriguée, je me suis levée pour regarder par la fenêtre, j’aperçus alors le cortège nuptial. C’était beau. Je rêvais moi aussi d’un jour comme ça. Depuis la première fois que j’en ai vu, cela est resté encré dans ma petite tête. Ma mère m’avait dit que 20 ans est l’âge parfait pour le mariage. Moi aussi, j’y croyais. Je pensais que j’allais y arriver exactement à cet âge. Dans notre culture, le cortège nuptial est mené par les hommes. La fête est organisée une semaine avant l’apport de la dot. C’est tout un protocole autour. Un événement. Des familles s’endettent rien que pour en faire un succès. Il s’agit d’un phénomène culturel. Pour faire un bon cortège nuptial dans mon pays, il faut donner un tissu de valeur à chaque membre de la belle famille, faire les frais pour le grand repas de ce jour et enfin assurer le transport de la délégation chez la nouvelle mariée. L’assemblée que j’ai vue à la fenêtre était vraiment très importante, plus grande que celles que j’avais déjà vue auparavant. L’arrivée de cette délégation dans mon quartier est une longue histoire. A ma vingt et unième année, j’avais deux amis d’enfance dans le quartier, les deux seuls vrais amis. L’une s’appelait Fatima et le deuxième se nommait Christian. Je n’avais jamais eu beaucoup d’amis. J’étais heureuse ainsi, ils me suffisaient, moi la casanière et solitaire. Cette même année, j’ai connu celui qui devait être mon mari. Notre rencontre fut banale. Je suis allée voir Fatima et je l’ai trouvé là-bas. Le coup de foudre. A chaque regard, je le surprenais en train de me fixer. C’est devenu embarrassant pour moi bien que j’aimais cela. Il s’appelait Chérif Faye. Deux jours plus tard, nous nous sommes revus dans le café où je travaillais et il a pris mes coordonnées pour garder contact puisqu’on avait une amie en commun disait-il. Le mois suivant nous communiquions presque chaque jour. Nous nous sommes rendu compte que nous avions beaucoup de points en commun. Lui parler par message me donnait l’impression d’être avec lui à plein temps. J’étais heureuse. Deux mois plus tard, nous commencions à sortir ensemble. Il n’a jamais eu besoin de me dire qu’il m’aimait. Tout est allé très naturellement. De fil en aiguille, nous ne pouvions plus vivre l’un sans l’autre. Et un jour il m’a dit que je ne lui prouvais pas suffisamment mon amour et naïve que j’étais, n’ayant jamais connu d’autre homme que lui, j’ai pensé que je n’en faisais pas assez. On m’avait jamais parlé d’amour, ni de relation et je me suis dit que peut être c’était le moment de passer à l’étape supérieur. Un jour je lui ai dit que j’allais passer le voir la nuit et lui prouver mon amour. J’y ai mis toutes mes économies, je me suis fait belle. Pendant un mois, je me suis préparée à être plus attirante, j’ai pris des bains à l’huile essentielle d’amande. J’ai fait des masques du visage et pour mes cheveux aussi. J’ai changé de garde-robe. J’étais fin prête à lui prouver mon amour. Je me sentais plus féminine. J’avais confiance. Je suis allée le voir cette nuit-là. Il était stupéfait de me voir ainsi. Il a écarquillé les yeux de surprise. Après cette nuit, il me verrait autrement. Je ne sais quelle image je lui ai renvoyée mais j’avais l’impression que notre couple n’était plus comme avant. Mon amie Fatima est venue me dire qu’il lui parlait tout le temps de moi et m’a demandée pourquoi il était devenu accro en si peu de temps. Je lui ai tout raconté. Elle a juste dit : « Tout cela s’est passé entre temps ? Mais ma chérie t’aurais dû quand même attendre le mariage avant de faire tout ça ! Que diraient tes parents s’ils savaient». Je lui ai répondu que mes parents n’en sauraient rien à moins qu’elle le leur dise et que de toute façon il allait m’épouser très bientôt, personne ne saurait ce qui s’est passé à part moi, lui et elle. Elle n’a rien ajouté mais a fait une mine dédaigneuse. Deux mois plus tard, je voyais de moins en moins mon fiancé. Il avait beaucoup de travail et moi aussi d’ailleurs ; j’étais tellement occupée que je ne voyais le temps passer. Et un jour Fatima est venu m’annoncer son mariage prochain. J’étais tellement contente pour elle. Je l’ai même traité de cachotière vu qu’elle ne m’a jamais présenté son fiancé. La vie continuait jusqu’au jour où je vis le grand cortège nuptial par la fenêtre. Je vis devant tout ce beau monde celui qui était censé être mon mari. Tout s’est alors passé sous mes yeux, je ne sais comment j’ai fait pour ne pas le remarquer. Les images ont commencé à défiler dans ma tête. Fatima venait de me voler mon rêve sous mon nez. L’idée me vint de descendre et de mettre fin à toute cette comédie. J’allais faire un scandale. Je suis descendue et me suis mis devant Chérif. Je ne savais quoi lui dire mais j’attendais devant lui. La délégation s’est arrêtée net. Les tambours se sont tus. Tout était à l’écoute. Chérif entreprit de briser le silence en me disant : « Félicitation Madame Faye, bienvenue dans mon monde ». J’étais stupéfaite. C’était alors une surprise. Rien que pour moi.

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